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24 juillet 2011 7 24 /07 /juillet /2011 19:30

Alors que le dernier film de Gus Van Sant, Restless, fait l’ouverture de la section Un Certain Regard au Festival de Cannes, retour sur le parcours prolifique, et finalement atypique, de celui qui est aujourd’hui considéré comme l’un des grands noms du cinéma américain. Atypique, car si depuis le succès (et la Palme d’or) d’Elephant en 2003, les films de Gus Van Sant (GVS pour les intimes) ont fait les beaux jours des aficionados du cinéma d’auteur sauce US, le réalisateur, né dans le giron du cinéma indépendant des années 80, n’en est pas moins passé par la case « studios hollywoodiens » le temps de quelques films. Un constant va-et-vient qui lui a sans cesse permis de renouveler sa vision cinématographique.

Né en 1952, Gus Van Sant se passionne très tôt pour la peinture, puis pour la pellicule. Ad0 avec sa caméra super 8, il tourne quelques petits court-métrages amateurs. Après des études à la Rhode Island School of Design et quelques voyages en Europe, il débute à Los Angeles, en 1976, comme assistant de production, avant de travailler quelques années à New York dans le monde de la publicité. De plus en plus mal à l’aise dans le monde dans lequel il évolue, GVS s’installe en 1985 à Portland, qui devient alors son fief artistique, et où il tourne la même année son premier long-métrage, Mala Noche.

Artiste aux talents multiples, GVS peint depuis l’adolescence, a écrit un roman (Pink), composé deux albums, publié un recueil de photographies (108 Portraits) et réalisé plusieurs vidéoclips (pour David Bowie, Red Hot Chili Peppers, Tracy Chapman, Elton John, Hanson) entre l’esthétique du cinéma indé des années 80 et le style très pop de MTV.

Influencé par l’héritage de la contre-culture américaine des années 60 et 70, la littérature de la Beat Generation (William Burroughs et Allen Ginsberg sont au cœur de plusieurs de ses courts-métrages) et la scène indépendante des années 80, Gus Van Sant révèle, en quatorze longs-métrages et presque autant de courts-métrages, ses douces obsessions : jeunesse, solitude, marginalité, errance, (homo)sexualité, mort… Plongée dans un univers indéniablement poétique, souvent mélancolique et parfois psychédélique.

MALA NOCHE (1985) : « I wanna show this Mexican kid that I’m gay for him »

Premier long-métrage de Gus Van Sant, Mala Noche a été réalisé en 1985 en dehors de l’industrie cinématographique traditionnelle. Tourné avec un budget de 20 000 dollars, avec 3 techniciens, des acteurs non-professionnels et la plupart du temps sans autorisation, le film est l’adaptation d’un récit autobiographique signé Walt Curtis, que GVS a rencontré sur le tournage de Property de Perry Allen, où lui était ingénieur du son et Curtis l’acteur principal.Mala Noche raconte l’histoire d’amour non-réciproque d’un Américain blanc trentenaire pour un immigré clandestin mexicain d’à peine 20 ans.

Mêlant des situations dramatiques à l’histoire d’une passion (aussi unilatérale soit-elle), le film contient en germe tous les thèmes de l’œuvre de GVS : jeunesse, marginalité, homosexualité, errance… mais aussi ses figures esthétiques, entre l’expressionnisme américain (façon Orson Welles) et le cinéma moderne de la contre-culture : fascination pour les cieux nuageux ou pour les routes sans fin. Le choix du noir et blanc, s’il résulte évidemment de raisons économiques, est aussi le fait de choix esthétiques, à l’époque où il connait un renouveau chez quelques grands noms du cinéma (Manhattan de Woody Allen, 1979, Raging Bull de Martin Scorsese et Elephant Man de David Lynch, 1980). Malgré une sortie très confidentielle, Mala Noche révèle aux critiques un nouveau réalisateur prometteur à une époque où émerge une nouvelle scène indépendante américaine, notamment marquée par l’arrivée de Jim Jarmusch qui réalise ses premiers films au début des années 1980. Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en 2006, le film était jusque-là resté inédit en France.

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DRUGSTORE COWBOY (1989) : « Sooner or later, you pay the price »

Pour porter son deuxième film, Gus Van Sant fait appel à Matt Dillon, révélé en 1983 dansOutsiders et Rusty James de Francis Ford Coppola et alors considéré comme un jeune espoir du cinéma américain, avant de connaître pendant quelques années une traversée du désert. Grâce à sa présence, GVS obtient toutefois un budget cent fois supérieur à celui deMala Noche.

Dans Drugstore CowboyMatt Dillon est à la tête d’un groupe de camés qui dévalise les drugstores de Portland pour subvenir à leurs besoins en drogues et en argent. Adapté d’un roman de James Fogle (qui se trouvait en prison au moment du tournage pour cambriolage de drugstore…), le film traite une nouvelle fois de la marginalité et révèle Gus Van Sant aux milieux indépendants (le film remporte cinq Independent Spirit Awards). Si l’influence des deux films de Coppola se fait sentir, Drugstore Cowboy s’inspire bien plus de La Fureur de vivre de Nicholas Ray, où James Dean incarne une nouvelle vision de la jeunesse, perdue, mélancolique, orpheline, délaissée, plutôt que libre, inconsciente, transgressive et héroïque. Une adolescence souffrante que l’on retrouvera dans quasiment tous les films de GVS.

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MY OWN PRIVATE IDAHO (1991) : “Wherever. Whatever. Have a nice day”

Premier scénario imaginé et écrit par Gus Van Sant, My Own Private Idaho est aussi son film le plus personnel. A Portland, Mike (River Phoenix, Coupe Volpi du meilleur acteur au Festival de Venise), homosexuel, forcé de se prostituer pour survivre, souffrant de narcolepsie, et n’ayant pour seule obsession que de retrouver sa mère, tombe amoureux de son ami Scott (Keanu Reeves), un hétérosexuel rebelle qui vend son corps à des hommes pour humilier son père, le maire de la ville. Des routes de l’Idaho aux rues de Rome, les deux hommes partent à la recherche de leur véritable identité…

Road-movie queer, My Own Private Idaho joue de la vision clichéique de l’Amérique, ses grands espaces, ses routes sans fin, ses diners, fixé dans l’imaginaire par quelques grands noms de la photograhie (Dorothea Lange, Ansel Adams, William Eggleston), dont GVS se sert pour créer son propre univers cinématographique au sein duquel il parle à nouveau d’homosexualité et de marginalité. Tour à tour shakespearien (toute une partie du film est une adaptation du Henry IV de Shakespeare) ou documentaire (GVS y intègre de vrais témoignages de tapins des rues de Portland), My Own Private Idaho s’inscrit dans une généalogie de l’avant-garde homosexuelle, notamment grâce à la présence, dans un second rôle, d’Udo Kier, un acteur allemand qui fréquente la Factory d’Andy Wahrol avant de tourner pour Fassbinder. La route, leitmotiv vansantien, tient évidemment un rôle majeur dans ce film : ne débouchant nulle part et ne connectant rien à rien, elle mène le road-movie dans une impasse.

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EVEN COWGIRLS GET THE BLUES (1993) : « I don’t live anywhere in particular. I just keep moving »

Avec Even Cowgirls Get The Blues, Gus Van Sant adapte un roman complètement barré deTom Robbins. L’histoire d’une jeune femme (Uma Thurman) affublée de deux pouces géants, qui fait de ce défaut physique un atout, en devenant la meilleure autostoppeuse au monde. Partie à New York pour devenir mannequin, la voilà qui se retrouve dans un ranch de l’Oregon entourée par une bande de cowgirls qui semble avoir un truc contre l’hygiène.

Western résolument féminin, voire féministe, Even Cowgirls Get The Blues s’inspire de quelques femmes de caractères (et elles sont rares) du western : Denise Darcel et Lenore Lonergan dans Convois de femmes (William Welman, 1951) ou encore Barbara Stanwyckdans Quarante tueurs (Samuel Fuller, 1957), premier personnage féminin de l’histoire du western à être à la tête d’un gang de hors-la-loi. Mais le film est un bide monumental, tant auprès des critiques que du public. Uma Thurman se retrouve même nommée comme pire actrice aux Razzie Awards en 1995… Seule la théoricienne du cinéma et féministe lesbienne B. Ruby Rich, qui inventa dans les colonnes de Sight and Sound le terme de New Queer Cinema, y vit enfin un film qui attaque les codes traditionnels de la narration hétéronormée. Avec ce film un rien particulier, GVS clôt une première étape de sa carrière, marquée par l’économie et l’esthétique du cinéma indépendant américain des années 1980-1990, où le réalisateur met en scène des personnages en marge de la société, marginaux, vagabonds, homosexuels… Even Cowgirls Get The Blues est à la fois la quintessence de ce modèle et en même temps sa propre destruction. Gus Van Sant ressent alors le besoin de faire quelque chose de différent…

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PRETE A TOUT (1995) : « Nothing is gonna stop her »

Première incursion de Gus Van Sant à Hollywood (le film est produit par la Columbia), Prête à tout est l’adaptation d’un roman de Joyce Maynard, lui-même inspiré d’une histoire vraie, celle de Pamela Stuart, accusée d’avoir séduit un garçon de quinze ans et de lui avoir demandé de tuer son mari. Ici, Pamela Stuart devient Suzanne Stone (Nicole Kidman), femme ambitieuse et prête à tout pour devenir une star du petit écran.

Satire du monde des médias, le film prend les atours d’une comédie à la Billy Wilder (la scène finale est d’ailleurs un clin d’œil évident à celle de Sunset Boulevard). Et contrairement aux précédents films de GVS, Prête à tout met en scène un personnage sûr de lui, qui sait qui il est, d’où il vient, ce qu’il fait et où il va, là où d’autres se questionnaient sur leur identité ou leurs origines. Ne s’exprimant qu’à travers les phrases du langage télé, Suzanne Stone est une bavarde comme on en trouve peu dans les films de GVS. Et Nicole Kidman, séduisant le jeune Joaquin Phoenix et lui demandant de tuer son mari, de tisser un lien étrange avec l’enfance qui se poursuivra dans Les Autres (Alejandro Amenabar, 2001),Birth (Jonathan Glazer, 2004) et récemment Rabbit Hole (John Cameron Mitchell, 2010).

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WILL HUNTING (1997) : « I don’t know, but I know »

Plus grand succès commercial de Gus Van Sant, Will Hunting est à nouveau une commande de studio (Miramax), un film d’apprentissage typiquement hollywoodien dans lequel GVS parvient à parler des thèmes qui lui sont chers. Will Hunting (Matt Damon), un jeune rebelle qui passe son temps à chercher la bagarre et fait le ménage la nuit au prestigieux MIT, se révèle être un génie caché des mathématiques. Mais pour contrôler sa violence et accepter ses talents, on l’envoie consulter un psychologue (Robin Williams).

La grande question du film étant : comment, quand on est jeune, peut-on trouver sa place dans la société et sa véritable identité ? Nommé neuf fois aux Oscars, le film en remporte deux : Robin Williams est sacré meilleur acteur dans un second rôle, tandis que Matt Damon et Ben Affleck remportent celui de meilleur scénario original.

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PSYCHO (1998) : « I hate what she’s become »

Voilà sans doute le projet de GVS le plus étrange. Remake plan par plan du célèbre film du même nom d’Alfred Hitchcock datant de 1960, Psycho est un objet filmique non identifié.

Pourtant rien de plus traditionnel dans l’histoire d’Hollywood que le remake, mais ici GVS en fait quelque chose de radical, proche de l’art contemporain, puisque le processus de création est totalement différent : le réalisateur ne s’inspire pas de l’histoire original pour pondre sa propre version actualisée, mais reproduit exactement les mêmes plans, de la même longueur, avec les mêmes angles et mouvements de caméra, les mêmes dialogues, la même musique (signée Bernard Hermann), le tout tourné en 37 jours comme l’original. Mais à cela, GVS vient ajouter des variations minimes mais notables : la couleur (ce sang rouge !), les nouvelles technologies (pour corriger les quelques maladresse d’Hitchcock) et quelques plans presque subliminaux sur des ciels orageux au moment des meurtres, comme des accrocs dans la toile du film. Produit par Universal qui y voyait un moyen de faire découvrir aux nouvelles générations un chef d’œuvre en noir et blanc du maître du suspense, Psycho est pourtant un film conceptuel réalisé avec tous les moyens d’un film hollywoodien (stars, budget, techniciens), qui permet à GVS d’envoyer un message fort à l’establishment hollywoodien, en exposant sa logique consistant à faire de l’argent toujours avec les mêmes recettes.

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À LA RENCONTRE DE FORRESTER (2000) : « Where are you taking me ? »

Pur mélodrame stéréotypé et hollywoodien, A la rencontre de Forrester est certainement le film le moins personnel de Gus Van Sant, bien qu’il touche à nouveau à la jeunesse et à la solitude, que GVS a sans doute accepté pour retrouver une part de succès après l’échec dePsycho.

Tout comme Will Hunting, dont il pourrait être une variation, ce film d’apprentissage suit le parcours de Jamal, un jeune noir qui vit dans un quartier pauvre du Bronx et se révèle être un écrivain prometteur, aidé par un vieil auteur, célèbre pour l’unique livre qu’il a écrit et qui vit désormais reclus dans son appartement et observe le monde derrière ses jumelles et ses rideaux. Rien de très passionnant, si ce n’est un générique de début hautement poétique, fait de scènes du quotidien tournées dans les rues du Bronx de façon presque documentaire…A la rencontre de Forrester marque la fin de la période hollywoodienne de Gus Van Sant (du moins, jusqu’à Harvey Milk), qui souhaite alors retourner vers un cinéma beaucoup plus libre et personnel.

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GERRY (2002) : « How do you think the hike’s going so far ? »

Gerry opère un changement radical dans la carrière de Gus Van Sant et prend le contrepied total de sa période hollywoodienne, comme si le réalisateur retournait à un état primitif du cinéma. Variation post-moderne d’En attendant Godot de Samuel Beckett, Gerry met en scène deux amis perdus dans l’immensité du désert, testant leurs limites physiques et leur amitié. Et c’est tout.

Film expérimental, hypnotique et minimaliste, à l’image de la musique d’Arvo Pärt qui l’accompagne, Gerry a été présenté dans les festivals du monde entier, et malgré une sortie confidentielle aux Etats-Unis, a reçu le soutien des critiques. Et de John Waters qui a déclaré : « Ne couchez pas avec quelqu’un qui n’aime pas ce film ». Avec ses très longs plans séquences et ses très lents travellings sur la nature, le désert et le ciel, Gerry est un film sur le temps et sur l’utilisation du temps au cinéma. Car le montage, en plus d’une construction du sens du récit, est aussi une construction du temps du récit. Or, ici, très peu de coupe, le film nous force à observer le passage du temps, la déambulation titubante devant le lever de soleil de nos deux personnages… Une esthétique singulière et contemplative inspirée du travail du cinéaste hongrois Bela Tarr et de ses films métaphysiques Damnation(1987) et Satantango (1994) ou encore du film expérimental de Michael SnowLa Régioncentrale (1970), où une caméra plantée au sommet d’une colline au milieu d’un désert canadien explore, en de longs panoramiques, avec différentes focales et à différentes heures du jour l’intégralité de l’espace qui l’entoure. Le film ne sort en France qu’après le succès (et la Palme d’or) d’Elephant, quand MK2 comprend que GVS est sur le point de redevenir un cinéaste-auteur.

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ELEPHANT (2003) : « Some heavy shit’s going down »

Vainqueur de la Palme d’or et du Prix de la Mise en scène au Festival de Cannes en 2003,Elephant marque le début de la troisième carrière de Gus Van Sant et sa véritable reconnaissance en tant qu’auteur-réalisateur du cinéma mondial. Inspiré du massacre du lycée Columbine, qui avait déjà donné lieu à un brûlot signé Michael Moore contre le port d’armes, le film de GVS est une ode esthétique et nihiliste sur l’adolescence, faite de longs plans séquences et de lents travellings.

Inspiré dans sa mise en scène par un téléfilm du même nom réalisé par Alan Clarke pour la BBC en 1989, Elephant est une réflexion sur le temps : chaque personnage, suivi par la caméra aérienne de GVS, possède sa propre temporalité et son trajet est un des multiples chemins à emprunter à travers les labyrinthiques couloirs du lycée, rappelant ceux tout aussi labyrinthiques et dangereux de l’Overlook Hotel dans Shining de Stanley Kubrick. On retrouve également du Kubrick dans cette vision d’une jeunesse désillusionnée et violente façon Orange Mécanique. Ou encore dans l’humiliation qui pousse à la violence et à la folie façon Full Metal Jacket. Mais s’il est un film qui a inspiré GVS, c’est bien Jeanne Dielman, 23 quai du commerce, 1080 Bruxelles de Chantal Ackerman, l’histoire, filmée en temps réel, d’une femme dans ses activités du quotidien, qui reçoit des hommes à qui elle vend ses charmes. Mais le jour où l’un d’eux la fait jouir, elle le poignarde. Tout comme dans Elephant, c’est de la banalité du quotidien toujours répété et un jour perturbé qu’éclate la violence.

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LAST DAYS (2005) : « It’s a long lonely journey from death to birth »

Retraçant les derniers jours d’une rock star qui attend la fin dans son immense demeure de Portland, Last Days devait clore une trilogie du réalisateur consacrée à la jeunesse et à la mort, avant qu’il ne décide de la poursuivre avec Paranoid Park.

Pour incarner son personnage, Michael Pitt s’est évidemment inspiré, aussi bien dans son physique que dans son comportement, de la figure mythique de Kurt Cobain, leader de Nirvana, qui s’est suicidé à l’âge de 27 ans. L’acteur a d’ailleurs composé plusieurs morceaux pour la bande originale du film. Une nouvelle fois Gus Van Sant emploie les mêmes dispositifs de mise en scène (longs plans séquences et lents travelings) mais d’une manière plus radicale encore. Tout comme dans Elephant, des séquences entières du film sont répétées d’un point de vue différent, mais cette fois-ci, d’un point de vue à l’autre, les changements sont conséquents : différence de rythme, d’action, de dialogue… Un parti pris qui exprime les expériences intérieures de chacun des personnages qui vivent dans leur propre univers mental et perçoivent le monde extérieur chacun à leur façon.

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PARANOID PARK (2007) : « Nobody’s ever ready for Paranoid Park »

Après Last Days, Gus Van Sant, à nouveau sacré comme cinéaste indépendant, voulait se rapprocher des studios hollywoodiens, et développe deux projets, How Starbucks Saved My Life, avec Tom Hanks, et The Time Traveler’s Wife, tous deux abandonnés. C’est alors qu’il découvre le roman d’un jeune écrivain de Portland, Blake Nelson, qu’il décide d’adapter.

Paranoid Park suit le chemin d’Alex, un jeune skater, qui tue accidentellement un agent de sécurité près d’un des skate-park les plus dangereux et les plus malfamés de Portland. Récompensé du prix du Soixantième anniversaire du Festival de Cannes, le film joue d’une chronologie fragmentée qui devient moteur narratif, puisque sa construction repose sur le principe de la réminiscence et du souvenir. Prenant place dans l’univers des adolescents et du skateboard, Paranoid Park convoque évidemment les films de Larry Clark (Kids, 1995,Wassup Rockers, 2004) ou de Catherine Hardwicke (Thirteen, 2002, Lords of Dogtown, 2004). Mais là où tous deux voient l’adolescence comme un âge brutal et vitaliste, Gus Van Sant la magnifie dans une atmosphère de mélancolie mortifère.

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HARVEY MILK (2008) : « This is our lives we’re fighting for »

Harvey Milk est un film qui trotte dans la tête de Gus Van Sant depuis le milieu des années 90. Un temps prévu avec Robin Williams en tête d’affiche, un temps avec Oliver Stone au scénario, le projet est toutefois abandonné, avant de revoir le jour lorsque Gus Van Sant découvre le script d’un jeune réalisateur canadien, Dustin Lance Black, qui à cette occasion remporte un Oscar.

De son côté, Sean Penn remporte celui de meilleur acteur pour son interprétation d’Harvey Milk, premier homme politique ouvertement homosexuel à être élu à des fonctions officielles en Californie, à la mairie de San Francisco en 1977. Connu comme le maire de Castro, le quartier gay de la ville, il se battit pour la reconnaissance des droits des homosexuels, et notamment contre une proposition, soutenue par son opposante Anita Bryant, interdisant l’accès à l’enseignement aux homosexuels. Un combat qui lui coûta la vie puisqu’il fut abattu par un de ses collègues, Dan White, en 1978. Harvey Milk avait déjà fait l’objet d’un documentaire signé Rob Epstein en 1985, The Times of Harvey Milk, récompensé de l’Oscar du meilleur documentaire. Si l’œuvre de GVS s’inspire souvent de d’histoires vraies (Prête à toutGerryElephantLast Days…), le lien avec la réalité se fait souvent de plus en plus distant. Or, ici, Gus Van Sant apporte un soin particulier à la reconstitution de l’ambiance de l’époque et à la retranscription de l’enchainement des évènements. Mêlant images de fiction et images documentaires, souvent détournées de façon ironique et humoristique, à la manière des activistes gays ou féministes, Harvey Milk rencontre une multitude d’échos. Personnels d’abord, puisqu’en 1991, Gus Van Sant s’était lui-même ouvertement opposé à une proposition visant à interdire l’accès à l’enseignement aux homosexuels dans l’Oregon. Contemporains ensuite, puisqu’à la sortie du film en 2008, la Californie s’apprêtait à voter la proposition 8, visant à interdire le mariage entre deux personnes du même sexe, proposition contre laquelle se sont engagées nombre de stars hollywoodiennes. Enfin, plus largement, l’histoire d’Harvey Milk fait écho à l’élection d’Obama : tous deux issus d’une minorité (gay/noire) font face à une conservatrice puritaine (Anita Bryant/Sarah Palin), tandis que la même année, Josh Brolin (Dan White) incarne Georges W. Bush dans le W. d’Oliver Stone.

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RESTLESS (2010) : « Different can be good »

Dernier film de Gus Van Sant en date, présenté en ouverture de la section Un Certain Regard à Cannes, Restless suit la rencontre entre deux adolescents obsédés par la mort (Annabel, malade en phase terminale, et Enoch, qui passe son temps se rendre aux enterrements) et le fantôme d’un pilote kamikaze japonais de la Seconde Guerre mondiale.

Etrange histoire dans laquelle on retrouve pourtant les obsessions de GVS, la jeunesse et la mort. Film de studio produit par la Columbia, Restless n’en emprunte pas moins une esthétique et une atmosphère de film indépendant où l’on retrouve la touche mélancolique du réalisateur qui met en scène deux jeunes espoirs du cinéma américain, Mia Wasikowska(Alice au pays des merveillesThe Kids Are All Right) et Henry Hopper (le fils de Dennis). La sortie française est prévue pour le 21 septembre. En attendant, Gus Van Sant s’est déjà attelé à son prochain projet, une adaptation du roman psychédélique de Tom WolfeThe Electric Kool-Aid Acid Test, dont le scénario sera à nouveau signé Dustin Lance Black. Mais a aussi pour projet de mettre en scène un des premiers scandales gays, adapté par l’écrivain Michael Cunningham, l’histoire d’hommes des YMCA de Portland, qui, en 1912, fraternisaient avec de jeunes garçons…

 

 

 

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Published by Catherine Giuli - dans Cinéma et télévision
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