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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 15:04

 Film de Nicholas Ray (They live by night, USA, 1948). Scénario : Charles Schnee. Image : George E. Diskant. 105 mn. NB. VO. Avec Farley Granger : Bowie. Cathy O'Donnell : Keechie. Howard Da Silva : Chicamaw.

 L’impossibilité d’échapper à son destin. Aussi noir que romantique le premier film de Nicholas Ray. Un coup de maître.

L’argument : USA, pendant la Grande Dépression. Injustement condamné pour meurtre, le jeune Bowie (Farley Granger) s’échappe de prison avec deux gangsters endurcis. Alors qu’il ne rêve que de se refaire une vie simple avec Keechi (Cathy O’Donnel), ses acolytes s’enfoncent dans une spirale de violence. Recherché, le couple s’enfuit sur les routes du Midwest.

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 Ce qui frappe d’emblée dans ce film, d’autant plus quand on sait qu’il s’agissait du premier long métrage de Nicholas Ray, c’est la précision et l’inventivité de ses plans. D’évidence, notre homme sait où poser sa caméra. Retour en arrière : avant de devenir acteur (et ami de Kazan qui l’a dirigé au théâtre) puis producteur radio (pour des émissions de propagande pendant la guerre), Nicholas Ray se destinait à l’architecture et a suivi pendant un an les cours du plus prestigieux des architectes américains, Frank Lloyd Wright. Ceci expliquant cela, c’est-à-dire son sens de l’espace et sa manière si originale de construire ses images. Ray est bien loin des chemin battus hollywoodiens
Même constat pour le thème. Partant d’un schéma de film de gangsters assez conventionnel, Nicholas Ray transcende le genre en y inoculant ses obsessions personnelles, celles qui traverseront toute son œuvre. Jeunesse rebelle et vulnérable (plus tard viendra James Dean dans La fureur de vivre), faiblesse des hommes face à des femmes qui, comparativement, s’en sortent mieux (thème que l’on retrouvera par exemple dans Johnny Guitar). Mais si ce film est si prenant et si émouvant, c’est que Nicholas Ray, merveilleux directeur d’acteurs, contourne complètement l’histoire violente à laquelle on s’attendrait pour se focaliser sur la romance entre Bowie et Keechie. Filmant au plus proche de ses comédiens, il montre les yeux qui se cherchent, les non-dits, les frôlement à peine esquissés dans la nuit qui enveloppe le couple en cavale. Ray porte un regard d’une tendresse infinie sur ces presque enfants, si graves et si innocents à la fois, que rien ne peut sauver de la tragédie. Singulier ton pour un film noir, plein de douceur et d’amertume, romantique pourrait-on dire. Et singulier regard, si humain, si compassionnel, qui fait de Nicholas Ray un cas à part dans le cinéma américain du siècle dernier et explique en grande partie l’aura dont il bénéficie encore aujourd’hui et l’influence qu’il a eue sur de jeunes metteurs en scène comme François Truffaut, Jean-Luc Godard ou Wim Wenders.

Le DVD

Les suppléments : Comme d’habitude, les Éditions Montparnasse nous gâtent. Les compléments, aussi pertinents qu’éclairants, sont à la hauteur du film. A commencer par le portrait de Nicholas Ray (I’m a stranger here myself), un reportage datant de l’époque où il tournait avec ses étudiants du Harpur College. On y découvre l’importance de l’improvisation dans ses films, la façon dont il s’adaptait à ses acteurs pour en tirer le meilleur, le respect qu’il avait pour son public et aussi (et surtout) combien ses héros lui ressemblent, fragiles, peu sûrs d’eux, écrasés par la société. Une interview du critique Bernard Eisenschitz attire l’attention, preuves à l’appui, sur la modernité des Amants de la nuit et vient intelligemment souligner comment la censure de l’époque (qui interdisait de montrer des actions violentes) a "aidé" Nicholas Ray à se concentrer sur ce qui l’intéressait au premier chef : les rapports humains. Pour terminer, Farley Granger parle en voix off sur des images de ce film qui a relancé sa carrière après la guerre. Le comédien y dit toute son admiration pour Nicholas Ray et le plaisir qu’il a eu à jouer pour lui. Un type "bizarre", peut être, mais un "marvellous director". On veut bien le croire !

La technique : Master numérique restauré, son mono remastériré, Les amants de la nuit se présente dans la perfection d’un noir et blanc sublime. Des conditions idéales pour voir ou revoir ce film indispensable.

 


 

- Coffret collector un DVD 
- Master numérique restauré 
- Version originale sous-titrée en français 
- Son : mono restauré et re-mastering digital 5.1 
- En accompagnement, un livret prestige 
- Édité par les Éditions Montparnasse



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Published by Catherine Giuli - dans Cinéma et télévision
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