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22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 17:13

Singularité d’un fantastique à la française

La figure du scientifique et la science en général, la souffrance des corps et les sentiments de peur ou d’horreur qu’elle suscite, sont les thèmes qui habitaient déjà le documentariste Franju et qu’il ne cessera de réinterroger dans ses fictions. Où commence la terreur et où finit-elle ? Comment revoir aujourd’hui Les Yeux sans visage, après quarante années de surenchère dans la violence et la peur au cinéma ? Un film comme The Blair Witch Project (D. Myrick et E. Sanchez, 1999) offre peut-être une réponse par l’économie des moyens dans la représentation des événements et par les basculements du réalisme dans le fantastique. Frontière également mal définie pour Franju à laquelle il répondait par « l’insolite ». Ainsi, le thème du scalpe traité frontalement dans Le Sang des bêtes témoigne-t-il, dans son deuxième long métrage, d’un sens de la mise en scène des images d’une remarquable inventivité. Mais cette ambiguïté, entre réalisme et fantastique, a fait de Franju un cinéaste qui, bien que contemporain du cinéma moderne, a eu du mal a trouvé sa place dans le cinéma tel qu’il s’est organisé artistiquement et économiquement.

Ce film s’inscrit pourtant dans la tradition cinématographique et surtout littéraire du « noir » ou du « gothique » comme on disait au XVIIIe siècle de certains romans (H. Walpole, M.G. Lewis, Ch. Maturin puis M. Shelley) d’un point de vue thématique et esthétique. On entend ici le terme « gothique », non pas dans le sens habituel donné à l’architecture médiévale, mais au sens de sombre, dévastateur, barbare. En effet, les thèmes de peur, d’agression sadique, de mystère et de mort parcourent ces récits, où une « inquiétante étrangeté » révèle au plus près les désirs de l’homme (ici Genessier défiant les Dieux en voulant façonner un visage pour sa fille). Gothique aussi la facture qu’Eugen Shuftan, grand maître de la lumière du cinéma expresionniste allemand et du réalisme poétique français des années 30, donne à ce thème par le travail tout en relief et en profondeur des noirs (les scènes de nuit, du cimetière, l’imperméable de Louise) par opposition à l’étrangeté et l’opacité des blancs (le traitement de la chemise de nuit et surtout du masque de Christiane qui tantôt se fond, tantôt découpe le contour du visage et des yeux).

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Published by Catherine Giuli - dans Cinéma et télévision
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