Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
22 juillet 2011 5 22 /07 /juillet /2011 09:02

"J'ai misé sur l'art plutôt que sur la vie." En une phrase, Louise Bourgeois résumait toute la solitude dans laquelle elle s'était enfermée ces dernières années à New York. Née le 25 décembre 1911, la sculptrice franco-américaine s'est éteinte à son domicile de Chelsea lundi soir, à l'âge de 98 ans. Bien loin de son lieu de naissance, en banlieue parisienne. Et pour comprendre l'univers complexe de l'artiste, il faut replonger dans son enfance vécue à Choisy-le-Roi (Val-de-Marne). Dès dix ans, elle aide ses parents, tous deux restaurateurs de tapisseries anciennes, dessinant notamment les motifs manquants.

Mais, comme elle en a témoigné plus tard, ce n'est pas ce premier contact avec l'art qui s'est révélé fondateur, mais un traumatisme familial. Enfant, elle remarque que sa jeune nounou anglaise est l'amante de son père, et que sa mère ferme les yeux sur cette relation. Une découverte qui l'a conduite vers les Beaux-arts: "Pour exprimer des tensions familiales insupportables, il fallait que mon anxiété s'exerce sur des formes que je pouvais changer, détruire et reconstruire", explique-t-elle dans un documentaire sur son œuvre.

L'effet New York

Dans les années 30, elle fait ses classes à Paris dans plusieurs académies, auprès du graphiste Cassandre ou du peintre Fernand Léger, ainsi qu'à l'Ecole du Louvre. Dans l'effervescence du microcosme artistique d'avant-guerre, elle rencontre l'amour de sa vie, un Américain nommé Robert Goldwater, future référence de l'histoire de l'art. Un an après l'avoir rencontré, elle l'épouse et part s'installer à New York. C'est là qu'elle côtoie ses idoles, les grands surréalistes français, dont la plupart habitent la Grosse pomme. Pendant la seconde guerre mondiale, l'intelligentsia new-yorkaise la classe parmi les artistes "born in France", un attribut qui la suivra jusqu'à sa mort.

Encouragée par Marcel Duchamp notamment, Louise Bourgeois se lance dans les années 40. Elle décide d'axer toute son œuvre autour de la procréation, de la naissance, de la maternité. Elle imagine des femmes-maisons, mêlant l'architecture mathématique à l'organique. Après quelques années de recherches, l'artiste finit par se concentrer sur deux formes, véritable fil rouge de sa création: le phallus masculin, qu'elle baptise "fillette", et l'araignée qui représente la mère. Des symboles qu'elle décrypte dans un portrait, réalisé en 1993, pour le centre Beaubourg-George Pompidou: "M a meilleure amie était ma mère, qui était aussi intelligente, patiente, propre et utile, raisonnable, indispensable qu'une araignée." L'animal renvoie aussi aux tapisseries sur lesquelles elle travaillait petite.

La thérapie par l'art

Louise Bourgeois est une solitaire. A l'écart de la scène artistique, elle présente peu d'expositions. La mort de son mari, en 1973, transforme sa manière de travailler. Sur le fond, l'artiste décide d'explorer les thèmes de la féminité ou de la solitude. Sur la forme, elle débute ses séries de sculptures à taille variable, réalisées à partir de matériaux divers, parfois à partir d'objets intimes.

Utilisant ses traumatismes personnels, elle se fait un nom avecSpider ou Maman, des araignées géantes d'acier qu'elle plante dans les espaces urbains des plus grandes capitales. Entre temps, elle reçoit en 1999 un Lion d'or, à la Biennale d'art contemporain de Venise, pour l'ensemble de son œuvre. D'immenses rétrospectives, notamment à Beaubourg en 2008, lui ont rendu hommage. Et jusqu'en 2005, cette artiste a continué sa thérapie par l'art. "L'art est une garantie de santé mentale", affirmait-elle encore. L'art lui a en tout cas permis de traverser le siècle sans faillirIMG_1839.jpg .IMG 1838©2011 catherine giuli

Partager cet article

Repost 0
Published by Catherine Giuli - dans Art contemporain
commenter cet article

commentaires