Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 18:35



Mars 2011, en répétition au Tanztheater : Julie Shanahan, Ditta Miranda Jasifi avec Jorge Puerta Armenta et Dominique Mercy - Photo : Linn Schröder / Ostkreuz pour Télérama

Wuppertal, un jour de janvier 2011. Le ciel est bas, sans ailleurs. Il pleut. Ici tout le monde le dit avec un sourire narquois, Wuppertal est la ville d'Allemagne où il pleut le plus. Où il n'y a rien d'autre à faire, ajoute-t-on, que travailler. Lieux communs parmi beaucoup d'autres : un paysage urbain industriel, les usines Bayer, d'anciens ateliers de textile en briques dispersés le long de la rivière Wupper, un zoo surprenant, le légendaire monorail suspendu appelé Schwebebahn, et puis Pina Bausch, installée sans discontinuité de 1973 jusqu'à sa mort, en juin 2009, dans cette ville de l'ouest de l'Allemagne, proche de Düsseldorf et de Cologne. Pina Bausch dont le maire CDU de Wuppertal, un géant fort avenant, nous dit en riant qu'elle est aussi connue de par le monde que le Schwebebahn. Mais M. Peter Jung ajoute aussitôt, et cette fois il est très sérieux, que Pina Bausch a changé Wuppertal autant que Wuppertal l'a changée. C'est une seule et même fierté pour cet homme de parler de l'œuvre de la chorégraphe, avec ses mots à lui, ou de dire que sa ville aujourd'hui, presque deux ans après la mort de Pina Bausch, continue de soutenir sa compagnie, le Tanztheater Wuppertal, à hauteur de 2,3 millions d'euros par an (1) . « En dépit de la crise économique et de la baisse des recettes fiscales, poursuit-il. Mais le consensus sur ce point est total dans la ville. Mon seul regret est qu'il n'y ait pas davantage de représentations ni de places disponibles. » (2) L'agglomération de Wuppertal compte 550 000 habitants.Et justement, le Tanztheater reprend ces jours-ci à l'Opernhaus, pour quatre dates et à guichets fermés, Palermo Palermo, une pièce parmi les plus ambitieuses de la chorégraphe, créée en décembre 1989, quelques semaines à peine après la chute du mur de Berlin. La salle palissandrée de l'Opéra de Wuppertal est éclairée d'une lumière pâle et presque incertaine. Le public a les yeux fixés sur le cadre de scène obstrué par un mur de parpaings. De vrais parpaings qui pèsent leur poids. Soudain, le mur se fracasse et s'effondre dans un indescriptible tumulte. On entend un coup de feu. Arrive du fond du plateau, dans une robe d'été de rien du tout, la tempétueuse Julie Shanahan, perchée sur ses hauts talons, déjà prête à batailler... Ainsi la danse des êtres avec le monde, leurs insatiables querelles avec eux-mêmes, leurs difficultés avec l'autre, leur incurable désir d'amour, tels que Pina Bausch les a donné à voir durant près de trente-cinq ans, sous des formes multiples et à peu près partout, peuvent-ils commencer sur un champ de ruines. Des ruines qui disent, à parts égales, la destruction et la possibilité d'un renouveau. Chez Pina Bausch, tout s'oppose mais rien n'est séparable.


Repost 0
Published by Catherine Giuli - dans danse
commenter cet article